Gaymard : 2 poids, 2 mesures
Par Maxime Ritter, mercredi 2 mars 2005 à 18:24 - Divers - #207 - rss
L’évènement qui a secoué tout le monde ces dernières semaines a été la découverte du logement ministériel d’Hervé Gaymard. Ce qui a conduit à sa démission. Et ce n’est pas fini, l’affaire fait encore une fois la une du « Canard Enchaîné » aujourd’hui. Le problème, c’est que j’ai du mal à comprendre l’attitude de la presse. Que les Français demandent à ce que leurs élites fassent dans l’économie, est tout à fait normal, puisqu’on leur demande de se serrer la ceinture. Surtout, quand la lettre de Gaymard accompagnant la feuille d’impôt 2006 promet de faire attention aux dépenses d’argent public.
Mais voilà : de telles histoires paraissent régulièrement dans le « Canard Enchaîné », et certains précédants n’ont dérangé personne. Tel le fait que Serge Dassault volait tous les matins un exemplaire du journal dont il est propriétaire (« Le Figaro ») au kiosquier du sénat. Tel que l’augmentation de 70% des salaires des ministres en 2002. Ou tels les largesses de Sarkozy, qui ont conduit le gouvernement à contracter le bail de deux appartements (Le « Canard », 05/05/2004), ce qui ressemble beaucoup à l’affaire Gaymard. D’ailleurs le Canard n’a pas manqué de le rappeler dans son premier article, et puisque les archives du Canard ne sont pas en ligne, j’ai pris l’initiative de numériser ces articles. Désolé, je sais que je suis en train de contrevenir au code de la propriété intellectuelle, cela n’est largement plus de la copie privée, mais certaines choses doivent être connus, et je n’ai pas l’envie de réécrire un texte reprenant toutes ces informations. Que le « Canard » me pardonne. Ou m’allume dans sa prochain édition.
Partie 1
Partie 2.
Qu’est ce qui a donc justifié ce lynchage (car c’en est un, même s’il est justifié) de la part de la presse ? La volonté d’informer le peuple des magouilles de leurs dirigeants ? Ce n’est pas la seule raison, car ce n’est pas la seule histoire de ce genre. Le fait que cette affaire ait fait la une de « Le Monde » ? Peut-être. Mais ce serait alors se demander pourquoi cette affaire à fait la une du Monde, et non pas l’affaire qui y ressemble chez Nicolas Sarkozy. Les réponses possibles sont multiples :
Le 5 mai 2004, une autre information, jugée plus importante par la rédaction, a fait la une du Monde (désolé, je n’ai pas pu mettre la main sur le numéro anti-daté du 6 mai 2004).
Le ras-le-bol contre le gouvernement était moins important à cette époque, et la rédaction n’a pas jugé que c’était le titre qui ferait vendre le plus de journaux.
Ou a l’inverse, Nicolas Sarkozy ne représentant plus la chiraquie, ce n’était pas exprimer le ras-le-bol contre le gouvernement, et donc pas vendeur ?
Nicolas Sarkozy venait d’annoncer ses mesurettes pour redresser l’économie. Le ministère de l’économie étant un excellant communiquant qui faisait tout pour que les journaux parlent de lui, le Monde n’a pas jugé bon de descendre celui qui l’aidait finalement à vendre du papier ?
Le changement de rédaction dans le quotidien du soir ?
Sans doute, un peu de tout ça. Il faut noter qu’à ce moment de l’affaire il n’était pas connu de la presse qu’Hervé Gaymard possédait déjà un appartement parisien ; on pouvait penser que cet appartement était obtenu tout à fait régulièrement. C’était certes indécent vu la taille et coût de celui-ci (600 m2, 14 000 € mensuels), mais pas au vu des faits connu alors, rien d’irrégulier.
Par suite, l’affaire a fait plus de bruit, et ce n’est pas que la couverture du Monde qui en est responsable. D’abord, en décidant de quitter l’appartement le lendemain de la découverte de l’affaire, Gaymard s’est rendu coupable. Ensuite, il a accumulé les mensonges, ce qui a été une défense désastreuse, donnant des éléments pour l’attaquer à nouveau. Sur une affaire qui n’a rien à voir avec ça, il y en a d’autres qui à force de mentir pour couvrir des mensonges ont finit par ne plus avoir la moindre crédibilité. Finalement, parler, comme l’a fait « Libération », des résidences secondaires et de la feuille d’impôt d’un ministre c’est se rapprocher du degré zéro de l’information. On se dirait dans « Voici » ou « Gala ». Sauf que cela venait en contrepoids à ses précédantes déclarations ; la faute n’est pas d’être riche, mais d’avoir menti. Comme l’a fait Clinton dans l’affaire Lewinsky. Comme l’ont été les écoutes orchestrées par François Mitterand dans l’affaire Mazarine.
Maintenant, la question centrale : en regard des faits autre que ses mensonges (ce qui est déjà assez grave, mais Clinton est bien resté en place), la démission d’Hervé Gaymard est-elle légitime, sans le comparer à d’autres personnes ? Hé bien, je ne pourrais y répondre. La décision de lui attribuer un logement, et de ne pas se loger dans un des 5 appartements à sa disposition à Bercy reviends également au cabinet du Premier Ministre, et au Secrétariat général du gouvernement. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture, a également demandé un logement, mais il lui a été refusé, car il possédait déjà un appartement parisien (Le « Canard », 23/02). Gaymard a demandé un grand appart’ dans le 7ième ou le 8ième, et l’a obtenu malgré son appartement Boulevard Saint-Michel. C’est comme si un employé venait négocier avec son patron une augmentation de 50%, pour espérer peut-être être augmenté de 10%, et voir à sa suprise l’augmentation de 50% lui être accordée. Aucun des articles que j’ai lu ne l’a dit : est-ce que Gaymard a menti aussi au gouvernement concernant l’existance de son appartement ? Si c’est le cas, les fonctionnaires qui lui ont attribué sa résidence n’ont pas eu tous les éléments pour en juger, et ayant même montré des réticences (Le « Canard », 23/02), n’ont rien à se reprocher. Et Gaymard est bien seul coupable dans l’affaire. Un ministre qui ment à ses collègues n’a pas sa place, et dans ce cas, sa démission est justifiée. Néanmoins, si je me permets une comparaison avec le droit du travail, il faut savoir que la jurisprudence a établi que les déclarations mensongères à l’embauche n’annulent pas systématiquement le contrat de travail.
Dans le cas où, au contraire, le cabinet du Premier Ministre et le Secrétariat général du gouvernement avaient tout les éléments en main pour juger de l’attribution de cet appartement, ces services ont alors une part très importante dans l’affaire, en regard de la circulaire ministérielle du 10 mai 2002 (« seuls les membres du gouvernement ne disposant pas à Paris ou à proximité de la capitale d’un logement personnel pourront bénéfichier d’une telle autorisation »). D’autres fonctionnaires devraient donc aussi présenter leur démission, pour lui avoir accordé ce privilège, ou pour l’avoir accordé à Jean-François Copé. Et peut-être même finalement les responsables de ces fonctionnaires eux-mêmes : le Premier Ministre et le gouvernement ! Aussi, dans ce cas, la démission d’Hervé Gaymard n’a servi que de soupape de sécurité pour éviter que l’affaire ne retombe sur l’ensemble du gouvernement en place.
Suite à la démission de Gaymard, Nicolas Sarkozy a qualifié sa décision de « responsable, digne, respectable et honnête ». Tous les analystes politiques disent que cela lui profite, et personne ne pense à revenir sur son logement alors qu’il était au même poste. Peut-être parce que la surface occupé par le couple Sarkozy n’était que la moitié de celui de Gaymard ? Ou parce qu’au moins le couple Sarkozy n’a pas été le seul à profiter de ses largesses, puisqu’il a partagé avec son petit personnel ? (dans le but de l’avoir auprès de lui). Ou y-a-t’il une autre raison cacheé ? (je suis d’un naturel paranoïaque quelquefois).
Quand aux Français, ils ont la mémoire courte : n’ont-il pas porté en 2002 au second tour un candidat dont le nom apparait cité dans de nombreuses affaires obscures où il est possible qu’il se soit largement servi (mais du fait se son statut de président, n’a jamais eu à s’expliquer), et un autre au casier judiciaire déjà bien rempli ? Alors pourquoi s’indigner devant celui qui se sert mais qui n’a rien fait d’illégal, si c’est pour absoudre les candidats aux élections qui suivent ? Pourquoi s’indigner de l’appartement, et non pas de l’augmentation des salaire des ministres de 70% alors qu’on nous parle de l’« Etat modeste » ? Et qu’est ce qui nous prouve que les nouvelles règles concernant le logement des ministres, encore plus strictes, seront bien appliquées en bonne et due forme ? (les journalistes qui sont tentés de fouiner aujourd’hui le feront-ils avec le prochain gouvernement ?) Et qu’attends François Copé, dont le problème n’est pas la taille du logement, mais qui a aussi contrevenu à la circulaire du 10 mai 2002 en tant que propriétaire d’un appartement à Paris, pour démissionner, puisqu’il a fait la même chose que Gaymard, les metres-carrés en moins ?
Enfin, dernier point : Thierry Breton était en discussion avec le ministère des finances au sujet notamment de l’abonnement France Télécom. N’y-a-t’il pas un curieux mélange des genres, qui fait que d’emblée, on peut se demander s’il était bien le candidat idéal comme ministre des finances, vis-a-vis des conflits d’intérêts possibles dans de futurs dossiers qu’il aura à traiter avec son ancienne entreprise ?
Précisons juste une chose : en général, je suis le premier à taper sur la chiraquie, sur l’UMP, et sur les membres de l’Opus Dei. Mais là pour le coup, j’ai bien l’impression qu’Hervé Gaymard c’est le dindon de le farce. Sauf si Copé et Sarkozy sautent aussi, si le gouvernement s’explique clairement sur le sujet, si Dassault explique ses petits chapardages, et si Chirac, Sarkozy, Gaymard ou Copé (et Le Pen aussi) ne se retrouvent pas au second tour en 2007. On peut toujours espérer que ce soit le signal qui fera que les Français demanderont enfin à leurs élites de rendre des comptes...



Commentaires
1. Le jeudi 3 mars 2005 à 04:52, par Nicolas (尼古拉)
2. Le lundi 7 mars 2005 à 17:34, par Marie_
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